Journée régionale 2026

19 mai 2026

Brennilis

Une réunion régionale très appréciée

À Brennilis, le 19 mai, pour la traditionnelle journée régionale annuelle, le nombre des inscrits était à la hausse, avec 71 participants venus, comme de juste, des quatre départements bretons. Cette année, l’organisation en avait été confiée à l’ANR 29, qui, de l’avis général, a signé là une belle réussite.

Quand on entre dans l’auberge du Youdig (bouillie, en breton), à Brennilis, on croit pénétrer dans un musée des arts et traditions populaires. Superbes meubles bretons, profusion d’ustensiles, vaisselle, tout y est. Et, l’on est immédiatement accueilli par la patronne, qui a le verbe haut et imagé. Puis, après le café d’accueil, augmenté du plaisir des retrouvailles, nous nous rendons tous dans une salle voisine.

Là, Élodie, guide conférencière, ne nous laisse rien ignorer de la centrale de Brennilis. De sa construction, à partir de 1962 : 64 000 tonnes posées sur un solide sous-sol granitique ; de sa mise en service, en 1967 ; de son fonctionnement : 70 mégawatts électriques ; de son arrêt, en 1985, et de son démantèlement, commencé en 1985, actuellement toujours en cours et dont la fin est prévue vers 2040.
Le tout panaché de notions sur l’eau lourde, le parc des 57 réacteurs français en service, la fission nucléaire, les radiations, etc. Or, est-ce, précisément, un effet des radiations évoquées ? vers midi, beaucoup se sentent l’estomac dans les talons…

Nous nous dirigeons donc vers la salle de l’auberge, où au menu figure notamment un somptueux kig ha farz. Et là, le repas qui commence peut être qualifié de déjeuner-spectacle, tant les patrons et leur fils, en même temps qu’ils assurent le service, offrent une animation maison. Quant au kig ha farz, on nous explique que cette recette typique du Léon, sorte de pot-au-feu breton, fut autrefois considérée comme la nourriture du pauvre… Nourriture du pauvre ? Pas celui qui nous est servi, en tout cas, car qualifié, à juste titre, de royal, il nous régale en qualité et nous rassasie en quantité.

Après cet agréable repas, nous nous dirigeons vers le musée de l’établissement. Là, c’est le patron qui nous donne les explications voulues. En son temps, dans ce vaste hangar, sa belle-mère a construit en schiste et avec minutie, une reproduction du village démoli lors de la création du lac de Brennilis. Et autour, est exposée toute une série de collections variées. Meubles, vêtements, vaisselles, blagues à tabac, coiffes, porte-plumes, fers à repasser, etc. L’origine de tout ça ? L’ensemble provient, dit-il, de la décharge municipale ! — Et, on le croit, parce que c’est lui ! Puis ils nous conte de réjouissantes histoires du pays, dans lesquelles il n’hésite pas à demander la participation active de son auditoire.

Enfin, nous nous rendons en haut du mont Saint-Michel de Brasparts (381 mètres), l’un des sommets de la chaîne des monts d’Arrée. Situé dans le parc naturel régional d’Armorique, il domine le lac de Brennilis. La végétation y repousse lentement, après les incendies de 2022, qui ont détruit 2 200 hectares. Au sommet, où il fait grand vent, nous entrons dans la chapelle Saint-Michel. Datant du XVII e siècle, elle vient d’être restaurée, comme nous l’explique notre guide, le patron de l’auberge, qui nous a accompagnés. Et, il termine en nous racontant à sa manière l’histoire à rebondissements du « bedeau visionnaire qui était né un vendredi de pleine lune ».

Or, là s’achève le programme réjouissant de cette journée lumineuse, en dépit du temps maussade.
Lors, on se sépare, en se promettant bien de se revoir, au plus tard, l’année prochaine, à l’occasion de la journée régionale de 2027, dont on a l’espoir confiant qu’elle soit aussi réussie que celle qui s’achève.

LE BEDEAU VISIONNAIRE

Une nuit de pleine lune un vendredi soir un jeune couple de Brennilis donne naissance à un garçon. L’enfant grandit et son grand-père lui dit : tu possèdes un don du fait de sa naissance un vendredi soir de pleine lune. Il lui précise qu’il le saura quand ce sera venu le moment. L’enfance, l’adolescence, les années passent.
L’enfant se questionne sur ce don et reçoit la même réponse de son grand-père : tu sauras le moment venu. Vers sa quinzième année il commence à avoir des visions, des visages de personnes qui meurent dans les trois jours suivants. Il en parle alors à son grand-père qui lui dit : voilà ton don.
Quelques années passent et les visions continuent. Et il lui faut chercher du travail. Une annonce parait à Brennilis : recherche bedeau pour s’occuper de l’église. Voilà un travail qui pourrait convenir. Il se présente et obtient l’emploi. Il s’occupe donc de l’entretien de l’église, des messes. Ses visions lui permettent d’annoncer trois jours avant que la personne ne soit décédée la date de l’enterrement dans la campagne aux alentours. La cérémonie est organisée et le menuisier fabrique le cercueil. Les années passent, les cérémonies d’enterrements se succèdent toujours annoncées trois jours avant.
Puis un jour les visions disparaissent. Alors il se dit, c’est mon tour, je vais mourir dans trois jours. Il demande à sa femme de lui préparer son costume car il sera enterré dans trois jours. Elle lui dit qu’il a un peu trop bu et que ce n’est pas possible. Il va voir le menuisier et passe la commande pour son cercueil. Celui-ci lui dit qu’il se fait des idées ! Cependant il lui fait part de trois souhaits : un prix pour le cercueil en remerciement de toutes les affaires réalisées pendant ces années ; Il lui transmet son don et son travail de bedeau et lui demande de planter un chêne sur sa tombe. Il meurt donc trois jours plus tard.
Le menuisier devient bedeau, s’occupe de l’église et reprend les annonces des enterrements.
Le curé de Brennilis passe de vie à trépas et son remplaçant est attendu. Le bedeau va donc l’attendre tous les jours au car de Quimper comme demandé par l’évêque. Après plusieurs jours d’attente descend du car un homme bien habillé avec un attaché case à la main. C’est le nouveau curé chargé de réorganiser la paroisse et de lutter contre les croyances. Il met donc de l’ordre dans l’église, le presbytère et le travail du bedeau. Une fois fait tout cela, après quelques jours le cimetière attire son attention, notamment le chêne qui a bien grandi sur la tombe. Il décrète son abattage au grand dam du bedeau qui lui explique : celui qui l’abattra mourra dans les trois jours. Le bedeau ayant refusé de le faire, le curé s’en chargea lui-même et mourut trois jours plus tard !
Des touristes de la région nantaise en séjour au Youdig entendent un soir cette légende. Après deux semaines d’absence ils rentrent chez eux et décident de se partager le travail : la dame s’occupe de la maison, range et s’occupe du linge. Le monsieur se met au jardin, coupe les bordures et taille les massifs. Puis il entreprend de couper la pelouse. Et au milieu de la pelouse un petit chêne commence à pousser. Alors grosse interrogation : que faire ? Se rappelant la légende il consulte sa femme : doit-on le couper ? D’un commun accord il est décidé de le laisser pousser. Les années passent et l’arbre grandit. Il devient encombrant et les enfants souhaitent l’abattre.

Mais cela est impossible, beaucoup trop risqué. La légende leur est racontée et l’arbre est sauvé. Moralité : tout le monde peut sauver un arbre.